Gloomy Gorge

Première rencontre avec Gloomy (jour 1)

Approche, Matukituki Valley-1Depuis notre arrivée, Alain nous parle de Gloomy (traduction : sombre, ténébreux). La description de ce mystérieux canyon est à la limite de la légende : après quelques cascades l’eau se perd dans l’obscurité, on n’entend pas tomber les pierres que l’on jette depuis le haut de la falaise… Allons nous découvrir un de ces abîmes insondables de l’époque de Martel ?!!
Vous imaginez facilement que ce Gloomy a occupé quelques-unes de nos conversations. La vallée de Makarora commençant à s’appauvrir en canyons vierges, nous décidons, la fleur au fusil, d’aller « régler son compte » à « «Glouton Gorge ». Le plan est simple : nous attaquerons tous ensemble la marche d’approche (15 Km) lundi après midi, on bivouaque, on se lève au « grand matin » mardi, on descend Gloomy et mercredi au plus tard on est au resto…
Jusqu’à la mise en place du bivouac (en bas du canyon) on tient le programme. Thomas et Simon vont jeter un œil depuis la rive droite sur la partie inférieure. De retour au camp, ils annoncent à l’équipe qu’il serait judicieux que tout le monde aille jeter un œil pour savoir à qui nous avons à faire…Pierrade au camp avancé-7
Nous venons tous de prendre conscience du défi qui se dresse devant nous : c’est au pied du mur que l’on voit le mieux le mur. La gorge est profonde de cent à cent cinquante mètres, large de deux à cinq mètres, d’un dénivelé négatif de trois cent mètres sur six cent mètres de long, le débit estimé est d’un mètre cube par seconde, sans aucun échappatoire possible… On est tous d’accord, nous ne pouvons descendre ce canyon demain, l’engagement est beaucoup trop important et nous ne pouvons compter que sur nous même pour les secours. Nous ne baissons pas les bras pour autant, il nous faudra du temps, de l’énergie et du matériel mais nous décidons de tenter ce défi qui s’offre à nous. Nous allons équiper chaque jour quelques obstacles (en commençant par la partie basse), pour grignoter petit à petit du terrain sur Gloomy.

A l’attaque (jour 2)

Équipe : Bruno, Didier, Alain, Thomas et Simon.
Thomas, à la perçeuseAprès une marche d’approche en rive droite, Thomas équipe la paroi de la gorge pour prendre pied sur une vire confortable. Quelques amarrages de plus et nous arrivons dans l’eau, froide. Méfiants, nous apprivoisons le milieu lentement. Nous remontons un ressaut, puis deux avant d’atteindre le pied d’une cascade spectaculaire, l’eau arrive à pleine vitesse sur une rampe qui la projette en l’air quinze mètres plus loin : nous sommes ébahis par ce décor. Vers l’aval, nous découvrons une cascade qui s’engouffre sous de gros blocs, nous choisissons d’équiper cet obstacle en dehors de l’actif. Nous avons progressé de soixante dix mètres dans la journée c’est peu, mais petit à petit nous gagnons du terrain. L’équipement des obstacles un par un depuis le haut de la gorge, même s’il est fastidieux nous permet de réduire l’engagement au minimum en sécurisant le parcours au maximum.

Recherche d’accès au canyon (jour 2)

Équipe : Gilles, Alexis, Sandy, Anthony et Jérémie.
L'encaissementNous sommes chargés de repérer le canyon par le haut à différent endroits afin de découvrir les obstacles qui nous attendent en bas. Ce qui n’est pas une mince affaire car le canyon est vraiment très encaissé ! Nous attaquons à grimper en rive droite en suivant le même accès que l’autre équipe. Nous les croisons en train de descendre et nous continuons donc de monter un peu plus haut. Rapidement, Gilles et Jérémie abandonnent le reste du groupe qui descend en rappel pour voir la gorge, pour continuer vers l’amont. Après plusieurs heures de bataille dans le bush, l’équipe de reconnaissance fini par rebrousser chemin après avoir observé un engorgement de plus de 150 mètres de profondeur…

Ravitaillement (jour 2)

Pour Didier, Jérémie, Gilles, Alain et Simon, de retour au camp la journée n’est pas terminée, il faut redescendre en ville pour faire des courses et récupérer du matériel. Nous consacrerons le reste de nos ressources (matériel et énergie) au « Gloomy’s project ».
C’est parti pour la mission ravitaillement : quinze kilomètres de marche, une heure de piste et une heure et demi de route. Nous retrouvons nos tentes à minuit, pas besoins de berceuse…
Ce matin on vous écrit, on remplit nos sacs (courses et matériel) et on repart pour le même itinéraire à l’envers, mais bien chargé…
Vous comprendrez que l’isolement de ce camp avancé ne nous permettra pas de vous donner beaucoup de nouvelles dans les prochains jours.

Retour au camp avancé (jour 3)

Camp gloomy
Equipe : Didier, Jérémie, Gilles, Alain et Simon.
Nous avons récupéré tout le matériel qui restait au camp de base : trois cents mètres de corde, tous les goujons, deux cents mètres de dyneema, tous les « accus » des perforateurs. Les sacs seront lourds mais c’est le prix à payer pour continuer l’assaut « armés jusqu’aux dents ». Le matériel ne suffira pas, nous devons aussi acheter de la nourriture en conséquence,avec les estomacs vides notre projet est voué à l’échec. Nos sacs « Résurgence » sont remplis à ras bord, mais la motivation est au rendez-vous, les copains nous attendent au camp avancé. Trois heures nous suffiront pour avaler les quinze kilomètres nous en séparant. Comme prévu nous sommes attendus, les questions fusent.
– « Combien de mètres de corde avez vous ramené ? »
– « Trois cents mètres. »
– « Qu’est ce qu’on mange ce soir ? »
– « Des saucisses, du riz et on a même ramené du vin. »
– « Combien de vues sur le blog ? »
– « 12 000, et on a imprimé les commentaires pour remonter le moral des troupes. »
– « Vous avez du répulsif contre les sandfly, elles nous mettent les nerfs à vifs ? »
– « Oui, trois tubes. »
De notre côté nous sommes impatient de connaître les avancées de l’équipe de terrain. Les nouvelles sont bonnes, c’est toujours aussi beau, engagé mais la progression est lente, difficile et très technique.

2ème assaut, waterfall « Black Hole » (jour 3)

Equipe de terrain : Anthone, Alexis, Bruno, Sandy, Tot
alexis se régalePendant que les autres sont partis faire un aller/retour de 30km pour ramener des vivres et du matos au camp avancé de Gloomy, nous allons faire un 2ème assaut à « Glouton Gorge » !
Anthone & Sandy nous équipent une ligne dans la forêt pour atteindre le fond du canyon. Après du « bartas » dans la jungle, nous entrons par une superbe descente « plein gaz » d’environ 30m et prenons pied dans la rivière… Tout le monde se met au travail, Anthone & Alexis équipent une cascade en aval qui est vraiment obscure (le futur Blackhole). Sandy & Tot attaquent la remontée en amont d’une cascade de 6m & Bruno filme les équipes en action !
Sandy et Tot les grimpeursSandy grimpe de 6m rapidement secondé par Tot… la vitesse de l’eau est impressionnante ! Au dessus, nous avons un visuel sur un obstacle qui sort des entrailles de la terre… Même pour nous qui sommes des spéléologues, c’est dantesque ! Nous n’hésitons pas à rallonger la main courante car si un jour nous arrivons par l’amont nous serons content de prendre pied en toute sécurité.
Anto équipe le Black HolePendant ce temps, Anthone équipe une « waterfall » incroyable où l’ambiance souterraine est au rendez-vous… il trouve une ligne en rive droite vraiment magnifique (hors crue !) ! Ensuite, un pendule de toute beauté lui permet de rejoindre le bas de la cascade qui sera surnommée « le skate » ! Nous jonctionnons avec l’assaut de la veille… l’idée est de réaliser la descente jusqu’en bas du canyon histoire de repérer la partie basse !
Tot remonte déséquiper l’accès depuis la forêt et nous nous rejoignons au camp avec bien sûr nos faux amis les sandfly… En fin d’aprés midi, nos vrais amis « les ravitailleurs » arrivent ! Ils nous donnent la potion magique contre ces pu—- de sandfly : « le Bushman »… Cette crème est vraiment efficace, l’ambiance au camp est enfin viable !
Ce soir, le moral des troupes est au beau fixe… nous avons de la nourriture à profusion et un peu de « Captain »!!!

A l’attaque de la partie supérieure (Jour 4)

Matukituki valley 2

Réveil, application immédiate de répulsif, les sandfly s’éloignent enfin, nous pouvons «♫ déjeuner en paix ♪», merci Stéphane. Comme convenu la veille, puisque nous n’avons pas suffisamment de cordes pour continuer les explorations dans la partie aval du canyon (la gorge est profonde d’environ cent cinquante mètres), nous devons passer par les amonts.
Plan d’attaque : inutile de tous rentrer au même endroit, il faut une première équipe à l’entrée, une seconde deux cascades plus loin et une troisième à quatre cascades de l’entrée. La première équipe rappellera ses cordes et devra impérativement jonctionner.

De l’entrée au vestiaire (jour 4)

Equipe 1 : Bruno, Thomas, Alexis et Simon
Bruno et SimonSimon descend la première cascade, avec un débit toujours aussi impressionnant. La seule ligne possible est en rive droite, proche de l’eau ; en bas la douche est garantie ! Au pied du rappel (sous la douche) il est impossible de changer de rive : la cascade s’éclate sur un petit ressaut, qu’il faut escalader. Après deux tentatives d’escalade en libre Thomas et Simon choisissent de planter quelques goujons pour franchir et sécuriser cet obstacle glissant : « le travail d’équipe il y a que ça de vrai ». Après vingts mètres de progression dans la rivière :
Bonne nouvelle, nous avons un contact visuel avec l’équipe 2 (Sandy et Anthone)
Mauvaise nouvelle par contre, la cascade de vingt mètres qui se trouve sous nos pieds se perd dans un siphon, qu’il faut impérativement éviter.
La solution : c’est le rappel guidé ! On sort les talkies-walkies, pour se caler avec l’équipe 2, tous semble simple, trop simple…l’un de nos appareils tombe en panne. Nous essaierons de communiquer par gestes car le bruit de l’eau est assourdissant : il nous faudra donc quarante cinq minutes pour tendre ce guidé, habituellement posé en cinq minutes.

La version de l’équipe 2 : Sandy et Anthone
Journée « Pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ?»
Nous partons avec la troisième équipe, (Alain, Jérémie & Gilles) qui a pour mission d’équiper un accès pour les jours à venir en aval de l’entrée du canyon.
Après l’équipement de la première portion de main courante, nous avons un visuel sur l’équipe qui est partie de l’extrême amont. Nous décidons d’aller donner la main aux copains avec l’idée de tendre un guidé pour leur éviter un bas de cascade galère. Après un rappel sur un bouquet d’arbre, nous prenons pied sur une petite plage suspendue copieusement arrosée d’embruns et nous envisageons de nous déguiser en « étanche ». Anthone entreprend une remontée pour récupérer les combinaisons pendant que Sandy bricole. Nous imaginons réceptionner la dyneema lancée d’en haut par l’équipe amont mais en fait non. Après moult incompréhensions nos cerveaux s’accordent enfin et une fois la manipulation amorcée, tout le monde se retrouve sur la terrasse en quelques minutes.
Pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ?

Nous rejoignons la rivière (le torrent), derrière ce siphon par un joli rappel pendulaire de trente cinq mètres, nous plongeons dans une caverne. Fini le soleil, on se retrouve à l’ombre c’est sombre, la gorge est étroite et le siphon rejailli quelques mètres derrière nous, une fois de plus l’ambiance est au rendez-vous.Sandy fractionne toujours
Sorti de ce corridor, une nouvelle cascade se présente et nous avons l’équipe trois en contact visuel et la ligne en fixe (technique spéléo) qu’ils ont posé, nous permettra de sortir du canyon. C’est gagné pour aujourd’hui, notre objectif est presque atteint. Sandy attaque l’équipement de cette dernière cascade qui nous permettra de jonctionner et d’accéder à la ligne de sortie. Une fois de plus il faut s’éloigner de la chute d’eau, par une longue main courante : il fait le boulot avec brio dans une roche médiocre. Mais arrivé un mètre au dessus de l’eau, pour une raison encore mystérieuse il pose un fractionnement dont l’utilité reste a prouver et dont le franchissement est un défi (que Bruno relèvera sans rien lâcher). Anthone prend la sage décision de supprimer ce « fractio ». Nous sommes réunis tous les neuf en haut de l’obstacle suivant. L’équipe trois reste pour continuer la suite, les autres rentrent au bercail. Après une remontée sur corde, le franchissement d’un éboulis (dont la stabilité reste à prouver), la traversée du bush et la descente des cinq cents mètres de dénivelé d’un sentier abrupte nous arrivons enfin au camp avancé. Un bain vivifiant dans la rivière glaciale précède l’application du répulsif : cassez-vous les sandfly ! Ce soir pour changer, c’est riz saucisse et au lit… Didier nous gère la cuisson de la viande à la pierrade sur une dalle de « schiste » comme un chef !

L’accès au vestiaire (jour 4)

Equipe 3 : Jérémie, Alain, Gilles
Dans le bush jusqu'au couAprès avoir préparé le matériel nécessaire, nous voilà partis sur la marche d’approche. Tout d’abord, 500 mètres de dénivelés « droit dans la pente » pour s’échauffer, puis une demi-heure de combat dans le bush néo-zélandais pour accéder au-dessus du canyon…
Après avoir envisagé un itinéraire pour descendre sans trop laisser de corde, comme le veut la tradition, on fait tout le contraire. Gilles part devant avec 150 mètres de corde et équipe dans un couloir qui parait éviter de trop « bartasser » et finalement pourrait permettre d’économiser un peu de corde. Après quelques goujons, amarrages forés, tisserands et autres bricolages, Alain, Jérémie et Gilles arrivent à leur but malgré qu’une batterie de perforateur soit vide. Grâce à notre organisation parfaite, la batterie de rechange et la trousse à spits sont dans le sac de Sandy, nous devons donc attendre l’autre équipe avant de continuer dans le canyon.Bruno à l'équipement
Lorsque tout le monde se retrouve, Bruno, Alexis, Alain et Gilles continuent la descente pendant que le reste de l’équipe retourne au camp. L’équipe qui reste dans l’exploration du canyon descend une cascade de plus en équipant une longue main courante au-dessus de l’eau tumultueuse en restant en rive gauche. Elle fera demi-tour devant un toboggan « impossible » pour lequel une nouvelle main courante sera nécessaire.

La journée des voltigeurs (Jour 5)

Les réserves s’amenuisent, nous manquons de cordes, nous n’avons plus de viande, plus de café, plus de vin, peu de pain. Si nous ajoutons les doutes qui subsistent quant à la réussite de notre projet :
Aurons nous suffisamment de temps ?
Suffisamment de matériel ?
Quelle distance et quel dénivelé nous reste t-il à parcourir ?
La météo restera t-elle au beau fixe (une perturbation est annoncée pour demain) ?
Le moral des troupes n’est pas au plus haut.
Bruno intervient et nous remet en piste
– « N’oubliez pas les gars c’est juste un moins trois cent avec six cent mètres de développement, pour le matériel on s’en occupe avec Didier on part chercher les cent mètres de corde qui nous manquent à la voiture ».
L’équipe comprend le message : faut rien lâcher. Plan d’attaque : deux équipes rentreront par l’éboulis instable. L’équipe 1 équipera un maximum avant d’être relayée trois heures plus tard par l’équipe 2 qui équipera jusqu’à la nuit. Nous devons avancer au maximum.

Bon anniversaire Thomas (jour 5)

Equipe : Sandy, Thomas et Simon.
On est chaud, derniers mots de Bruno avant notre départ : « bon anniversaire Thomas, lâchez rien, régalez-vous, mais soyez prudent ». Vous l’avez compris Thomas à dix huit ans (à seize ans près…) aujourd’hui, c’est son jour.
Simon et SandyIl part perceuse à la ceinture remonté comme jamais. La ligne qu’il part équiper est particulièrement technique. Il pose une longue main courante avant de s’attaquer à une série de pendules. Premier pendule, il se balance au bout de la corde pour attraper une prise, il manque dix centimètres. Second essai, il saisit la prise mais elle lui glisse des mains. Troisième essai, il prend de l’élan, ferre la prise et réussit à poser son crochet goutte d’eau. Il n’a plus qu’a sortir le perforateur poser un relais et réaliser deux nouveaux pendules avant de faire un pas en opposition  qui lui permettra de prendre pied sur un beau bloc érodé au milieu de la rivière. L’obstacle est vaincu : chapeau bas Mr Kini. Comme toujours l’obstacle suivant arrive sans attendre, quarante mètres plus loin Simon prend la relève. Il faut équiper une longue main courante avant de découvrir la suite. Nous arrivons au sommet d’une cascade magnifique de cinquante mètres.
Simon pose le guidéDeux relais plus tard et la traversée d’une vasque tumultueuse, nous avons franchi un obstacle supplémentaire. Pour faciliter la progression, nous tendons un rappel guidé qui nous offrira un point de vue exceptionnel sur ce bassin bleu turquoise. Nous n’avons plus de corde, mais la relève arrive juste au bon moment, nous avons fait notre boulot, il nous faut maintenant remonter tous les obstacles puis comme hier enchaîner la remontée de l’éboulis pourri, le bush, le sentier, le bain et le répulsif. Ce soir à la carte c’est riz /fromage ou riz/fromage ou riz/fromage… Euh, et pour le dessert, votre riz…avec où sans fromage ?

Du guidé au Jacques Ouzi (jour 5)

Equipe : Gilles, Alain, Anthone et Jérémie.
Après deux heures d’attente et quelques parties de dés, nous partons du camp bien motivés ! Nous ne perdons pas de temps sur la marche d’approche et rejoignons la première équipe alors qu’ils sont en train de mettre en place un rappel guidé au-dessus d’une superbe cascade de vingt-cinq mètres.
GillesAprès un rapide pique-nique et un échange de matériel, la première équipe attaque la remontée tandis que nous continuons l’équipement. Alain met en place la main courante de la cascade suivante puis passe le relai à Gilles qui met en place l’équipement du reste de la cascade en pendulant comme un « goulu » à de nombreuses reprises afin d’atteindre un énorme bloc coincé au bout de la vasque (où l’on n’a pas envie d’aller se baigner).
Arrivés sur le bloc, nous nous faisons copieusement asperger par les embruns, l’ambiance est hostile… C’est à ce moment-là que la batterie du perforateur décide de nous faire faux bond, nous la permutons rapidement. Anthon prend la suite de l’équipement, met en place une main courante au-dessus d’un toboggan (qu’on ne peut faire qu’une fois), puis traverse la vasque suivante à la nage afin de poser une corde guide.
ça pendule durÀ la suite de cette cascade, un obstacle d’une dizaine de mètres est franchi par la droite en effectuant des pendules. Au bas de cette cascade, il nous reste quelques mètres de cordes que nous utilisons pour voir la suite du canyon. Lorsque nous attaquons la remontée, la nuit est en train de tomber. Nous galérons à remonter le rappel guidé puis finissons la remontée à la frontale.
Nous arrivons au camp vers onze heures et demi, une partie de l’équipe est déjà au lit, et les autres nous ont préparé un gros festin : riz au fromage …

Didier et Bruno en balade (jour 5)

rando matukituki valley

La mission :  30km de rando pour récupérer la corde de 100m laissée au parking de matukituki !
Avant notre départ, Bruno en bon chef d’expédition remotive les troupes et recadre les objectifs de la journée. Après quelques centaine de mètre nous contemplons la gorges de Gloomy,et nous constatons que la distance qui nous permettrait de jonctionner n’est pas si importante que nous le précise le GPS.
Ceci fait, nous partons d’un pas léger en direction des véhicules. Le temps du trajet, nous parlons déjà d’une éventuelle expé dans cette magnifique vallée pour 2015, ce n’est qu’un projet de plus !
Arrivés à la voiture, bonne surprise : deux oranges traînent dans le coffre et font notre bonheur. Après une boite de sardines quelque fruits secs et une bonne sieste, nous repartons avec des maillons rapides et la corde nécessaire pour que demain matin une équipe puisse partir de bonne heure dans Gloomy.
Sur le chemin du retour nous anticipons le dénivelé qu’il restera à parcourir, et sommes assez optimiste, la seule incertitude restante est la météo.
Nous arrivons au campement des sandfly vers 19 h00, un petit feu et nous attendons, impatients nos petits camardes.

L’assaut final (Jour 6)

Etat des lieux

Matériel : 100 mètres de corde (ramenés par Didier et Bruno hier), 40 goujons, 3 accus de perforateurs chargés, 2 perforateurs, 90 mètres de dyneema et quelques plaquettes.
Nourriture : 12 boites de sardines à l’huile, un peu de pain de mie, quelques barres de céréales et une tablette de chocolat.
Moral : nous ne sommes pas prêt à faire un nouvel aller retour, certains sont au camp avancé depuis  six jours. L’expédition se termine dans moins d’une semaine et après cinq jours passés dans ce canyon personne n’a envie de rentrer avec un gloomy pas fini en travers de la gorge.
Physique : il nous reste peu de réserves, la fatigue se fait sentir, mais nous sommes tous capables de puiser dans nos dernières ressources.
Topographie : en rassemblant toutes les données (gps et altimètres), il nous reste moins de 100 mètres de dénivelés pour jonctionner.
Météo : une perturbation est annoncée aujourd’hui.
Bilan : nos réserves sont limitées, demain matin nous n’avons plus rien à manger, nous n’avons plus suffisamment de cordes pour équiper le canyon en fixe, la distance à parcourir pour réaliser la jonction est raisonnable. C’est aujourd’hui ou jamais, la seule incertitude reste la météo.
Nous avons prévu de faire deux équipes : l’équipe 1 équipera le canyon (en rappelant les cordes des verticales) jusqu’à la jonction, l’équipe 2 transformera l’équipement en fixe des jours précédent en équipement rappelable et récupérera les cordes. Cette stratégie est la seule possible mais augmente considérablement l’engagement de la course : il n’existe aucun échappatoire dans ce canyon et une fois la première corde récupérée la seule issue possible pour l’ensemble de l’équipe sera la réalisation de l’intégralité du canyon.
L’équipe 1 se lève à sept heure et la motivation est là, quelques nuages se forment sur le glacier mais rien d’alarmant pour l’instant.
La pluie au mauvais momentPetit déjeuner : un sachet de thé pour deux, une poignée de flocons d’avoine, un peu de miel, c’est frugal mais on verra plus tard pour la gastronomie… Trente minutes plus tard le ciel s’obscurcit et les nuages laissent échapper les premières gouttes, nous sortons les bâches et patientons. Nos espoirs s’amenuisent, mais il faut attendre, le temps peut encore se lever. Vers dix heures la pluie cesse, les niveaux d’eau n’ont pas augmenté, un bout de ciel bleu apparaît. C’est maintenant ou jamais, les sacs sont prêts l’équipe 1 est partie.

Équipe 1 : Bruno, Anthone, Thomas et Simon

Excepté une petite blague, la montée, la traversée du bush, la descente de l’éboulis et le passage au vestiaire se sont déroulés dans un silence reflétant la concentration de chacun. Nous attaquons la descente du canyon avec le même silence, nous avons tous les quatre l’espoir de réussir à descendre ce canyon exceptionnel mais nous avons aussi pleinement conscience des difficultés qu’il nous reste à franchir. Nous savons qu’il n’est plus possible de rebrousser chemin, l’engagement est total, la seule issue possible est devant nous.
Jacques OuziNous retrouvons la dernière corde posée par la dernière équipe de la veille. Nous oublions la pression maintenant c’est à nous de jouer. Simon commence à équiper, les rappels ne posent pas de problèmes, mais en bas nous prenons pied sur le bord d’une vasque totalement émulsionnée par l’eau de la cascade qui se jette à pleine vitesse au milieu de ce bassin. Il faut traverser, nous n’avons pas le choix, encordé Simon s’engage, se bat contre un drossage puissant et prend pied de l’autre côté de la vasque. Nous plaçons une corde pour sécuriser le passage de la deuxième équipe et soufflons un bon coup. Nous retrouvons le sourire après avoir franchi efficacement ce premier obstacle. Sans traîner Bruno s’attaque à la cascade suivante pendant que nous dégustons le repas de midi : au choix comme depuis quatre jours sardine à l’huile, sardine à l’huile ou sardine à l’huile… Encore une cascade derrière nous, la dynamique est toujours présente ! Thomas passe à l’action en posant une main courante interminable de plus de vingt mètres indispensable pour éviter un siphon d’une violence impressionnante. Le rythme est bon, l’ambiance se détend d’heure en heure. On le sent bien, et notre pré-sentiment se confirme : Thomas vient de voir la corde de la jonction au fond de la gorge. Nous laissons échapper un cri de joie. Il nous reste une cascade à équiper et notre contrat sera rempli. Nous regardons derrière nous, impatients d’apercevoir dans le rétro le reste de l’équipe chargé du déséquipement.

En même temps dans l’équipe 2 (Didier, Alexis, Jérémie, Alain, Sandy, Gilles)

10 heures, l’équipe part du camp. L’ambiance est incertaine : d’une part, on va enfin mettre sa fessée à Gloomy, mais d’un autre coté et la météo est incertaine. Nous ne sommes pas sûre de vouloir faire confiance aux prévisions locales …
 Sandy au dessus d'un des nombreux siphonsOn attaque la marche d’approche, le mois qu’on vient de passer commence à vraiment se sentir dans les jambes : on râle une fois de plus contre les locaux qui n’aiment pas les virages et font des sentiers « droit dans le pentu !! ». Aux alentours de midi, on est au départ du canyon. On met en place la stratégie d’attaque pour avancer efficacement dans Gloomy tout en modifiant l’équipement en place afin de rappeler le plus de cordes possible. Une pluie commence à nous arroser, nous nous demandons si on ne manque pas un peu de prudence … Après de longues réflexions, nous convenons de manger là et de prendre une décision après le repas : s’il pleut toujours, nous partons dans le canyon sans toucher l’équipement en place, si la pluie cesse, nous rappelons les cordes mais ne perdons pas de temps.
Après le repas, le ciel se dégage, la corde au dessus de nous est rappelée : « alea jacta est »
Nous descendons tous dans le canyon au lieu dit « le vestiaire » afin de nous mettre en uniforme tandis qu’Alain reste derrière pour récupérer la dernière corde de l’accès.
Une fois tous réunis, nous nous organisons pour gagner du temps au déséquipement. Les 110 mètres de cordes précédemment rappelés sont donnés aux porteurs de néoprènes congelés, afin qu’ils puissent se réchauffer en galopant devant rejoindre le premier groupe.Le skate
Nous avançons en rappelant les cordes les plus faciles à récupérer et laissons en place les pendules et les mains courantes trop aériennes …
Arrivés au terminus de la veille, l’équipement est déjà prévu pour rappeler les cordes, c’est donc plus rapide. Nous passons la cascade « Jacques Ouzi » et restons ébahis par la violence de sa vasque … Nous continuons notre progression rapidement tout en continuant la topographie de la veille.

La jonction

Dans l’équipe 1 Anthony prend le relais au perfo en opposition au dessus d’une cascade bouillonnante il met en place une main courante qui nous permettra d’accéder à la dernière cascade et d’effectuer cette jonction tant espérée. Nous attendons l’équipe 2 « s’ils arrivaient maintenant, ce serait parfait… ».
Il ne nous reste qu’un bassin à traverser, Anthony plonge, se bat contre le courant pour éviter un drossage puissant. Il nage, ne lâche rien, ça passe juste mais ça passe, il saisit la corde rouge : la jonction est faîte !!! Au même moment nous entendons un cri de joie derrière nous,   les déséquipeurs sont là !!! C’est magique, toute l’équipe est maintenant réunie.
La jonctionNous plaçons un rappel guidé pour sécuriser le passage et nouons notre corde orange à la corde rouge en place. Ce nœud est hautement symbolique pour nous tous, c’est gagné il ne nous reste qu’a enchaîner des obstacles que nous connaissons. Embrassades, félicitations sans retenues cet instant tant attendu restera gravé dans nos mémoires. Il est dix huit heures, nous sortirons avant la nuit. L’ambiance est joyeuse, nous avons enfin « mis sa fessée » à Gloomy. On n’aurait pas pu trouver mieux pour conclure cette superbe expédition.La vie au camp avance
Cette joie partagée nous accompagne dans la descente des dernière cascades (le Black Hole, le Skate…), on se régale !
Nous rentrons au camp avancé, tous sur notre petit petit nuage : on l’a fait !!! Nous devons cette réussite collective à la cohésion sans faille de notre équipe.
Vous connaissez déjà le menu de ce soir : riz fromage bien sûr et nous trinquerons avec un bon verre de thé !!!

Makarora camp de base

Une réflexion sur “Gloomy Gorge

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